Découvrez l’interview complète de Guillaume Canet, réalisateur de KARMA, un de nos films coups de cœur du festival de Cannes cette année. Thriller noir et fascinant qui fait la part belle aux acteurs, Marion Cotillard en tête.
Guillaume Canet | KARMA
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KARMA | Synopsis
Dans un village au nord de l’Espagne, Jeanne tente de reconstruire sa vie avec Daniel, qui ne connaît rien de son passé trouble. Un jour, Mateo, le filleul de Jeanne âgé de six ans, disparaît mystérieusement… Afin d’échapper à la police qui la soupçonne rapidement, Jeanne se réfugie en France dans la communauté où elle est née et qu’elle a fuie quelques années auparavant. Daniel ne croit pas à la culpabilité de la femme qu’il aime et va tout faire pour la retrouver avant la police.
Filmographie Guillaume Canet
2002 : MON IDOLE
2006 : NE LE DIS À PERSONNE
2010 : LES PETITS MOUCHOIRS
2013 : BLOOD TIES
2016 : ROCK'N ROLL
2019 : NOUS FINIRONS ENSEMBLE
2021 : LUI
2023 : ASTERIX ET OBELIX : L'EMPIRE DU MILIEU
2026 : KARMA
Interview de Guillaume Canet par Ondine Perier
Pouvez-vous pitcher Karma en quelques phrases ?
C’est l’histoire d’une femme qui vit en Espagne avec Daniel, son compagnon, depuis six ans. On comprend rapidement qu’elle a du mal à aimer et à être aimée, qu’elle porte des blessures profondes et qu’elle a un rapport compliqué à l’alcool. Daniel, lui, est quelqu’un de très doux, qui la soutient énormément.On sent qu’il existe des zones d’ombre dans son passé, des traumatismes, des secrets. Puis un jour, son filleul disparaît au bord d’une rivière. Elle devient immédiatement suspecte et s’enfuit dans la nuit. On la retrouve alors en France, devant une communauté dans laquelle elle a grandi. Son compagnon, persuadé de son innocence, va tout faire pour la retrouver.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire : la romance ou le thriller autour du milieu sectaire ?
Au départ, j’avais surtout envie d’écrire un film pour Marion (Cotillard NDLR). Je suis un grand admirateur d’Hitchcock et j’aimais l’idée de créer du mystère autour de la vie d’une femme, comme dans certains de ses films. Ensuite, j’ai rencontré un homme qui avait réussi à s’échapper d’une secte. Il m’a raconté des choses absolument incroyables. Ça m’a donné envie de relier ce passé-là à mon personnage. J’ai alors regardé énormément de documentaires sur les sectes et les communautés, rencontré plusieurs personnes qui en étaient sorties… J’ai fait un vrai travail de recherche, presque journalistique.
Le film porte un regard très dur sur les dérives sectaires.
Je ne peux pas prétendre juger toutes les communautés, parce que je ne connais pas toutes les expériences individuelles. Mais ce qui revient souvent dans les faits divers ou les témoignages, ce sont quand même des histoires très dures.
Pourquoi avoir situé une partie de l’histoire en Espagne ?
L’homme que j’avais rencontré avait fui la France pour le Portugal après s’être échappé de sa secte. Je trouvais intéressant que mon personnage traverse une frontière pour tenter de refaire sa vie. J’ai finalement choisi la Catalogne, dans le nord de l’Espagne, pour qu’elle reste proche de la France.
Le casting est remarquable et le film très dense. Y a-t-il eu beaucoup de choses abandonnées à l’écriture ou au montage ?
Oui, énormément. C’est toujours difficile de savoir à quel moment un film doit s’arrêter. Nous avons aussi organisé des projections tests pour observer les réactions du public, et ça m’intéresse beaucoup de voir comment les spectateurs vivent le film.
L’un des thèmes très forts du film semble être celui des liens familiaux, plus puissants que tous les dogmes.
Oui, complètement. Dans les systèmes sectaires, il y a souvent une volonté de casser les liens familiaux. Or, pour moi, ces liens restent fondamentaux et impossibles à effacer totalement.
Le final est particulièrement bouleversant.
Ça me touche beaucoup.
Y a-t-il malgré tout une déception de ne pas être en compétition ?
Ce n’est pas moi qui fais la sélection… Mais être ici reste déjà une magnifique vitrine pour le film. C’est un énorme coup de projecteur.
Votre fils de 14 ans a un rôle dans KARMA, il semble lui aussi attiré par le cinéma.
Oui, depuis longtemps. Il a grandi sur les plateaux avec nous (fils aussi de Marion Cotillard NDLR), donc c’est assez naturel. Il avait déjà joué dans mon film AD VITAM pour Netflix, et il apparaît aussi dans KARMA. C’est pour cela qu’il a monté les marches avec nous. Je vois bien qu’il est passionné, donc ce serait compliqué pour moi de lui interdire quelque chose qui me passionne autant. Mais je lui ai quand même dit de poursuivre d’abord ses études.
Trois mots pour donner envie d’aller voir Karma ?
L’amour.
Le karma.
Et surtout : « La vie s’en charge. »
Quoi qu’il arrive, la vie finit toujours par s’en charger.