À l’occasion de la projection au GIFF (Geneva International Film Festival) de son film QUELQUES MOTS D'AMOUR, nous avons rencontré le réalisateur Rudi Rosenberg, un cinéaste à la sensibilité rare et profondément humaine. À travers son regard délicat et sa façon singulière de raconter les émotions, il nous invite à explorer les fragilités, les élans et les contradictions de l’âme humaine. Porté par Hafsia Herzi dans le rôle principal, son film touche par sa justesse, sa finesse et son intensité émotionnelle. Rencontre avec un réalisateur profondément sensible.
Rudi Rosenberg | QUELQUES MOTS D'AMOUR
«Hafsia Herzi a apporté du mystère à son rôle. Elle a ancré le film dans quelques chose de plus profond.»
QUELQUES MOTS D'AMOUR | Synopsis
Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
Au départ, le film devait suivre une petite fille qui cherche son père, puis il est devenu un hommage à sa mère. À quel moment la mère a-t-elle pris le dessus ?Rudi Rosenberg — Je ne sais pas si elle a vraiment pris le dessus. C'est l'histoire d'une mère et d'une fille qui se rencontrent, qui apprennent à se connaître et à s'aimer. La quête du père devient, à un moment, un peu secondaire : c'est une sorte de cataclysme, un prétexte pour que cette fille réalise qu'il y a des gens qui l'aiment autour d'elle. C'est plutôt au tournage que ça s'est fait, j'ai envie de dire. Même à l'écriture, on en parlait déjà, mais ça s'est vraiment concrétisé quand Hafsia est arrivée sur le projet.
Tu situes le film en 1995 et 2002, parce qu'aujourd'hui, ce serait trop facile de retrouver son père. Le film pourrait-il quand même exister en 2026 ?
Rudi Rosenberg — Si l'action se déroulait en 2026 ? Oui, mais ça aurait été plus court : elle l'aurait retrouvé vite. Et ce serait moins charmant, je pense. Il y avait quelque chose de plus palpitant à l'époque, de plus mystérieux.
Le psychiatre du film est joué par un vendeur rencontré au restaurant. Comment repère-t-on un acteur dans ce cas-là ?
Rudi Rosenberg — C'est leur façon de parler. J'aime bien les gens quand ils s'expriment. Il était sympathique (Jean-Pierre Lahmi), on a d'abord sympathisé, et puis après… Je ne sais pas, c'était évident. C'est bizarre. C'est une envie, ce sont mes goûts à moi. Je savais que le rôle du psy existait, mais il était tout petit. Et ensuite, je l'ai écrit sur mesure pour lui.
Hafsia Herzi a rendu Erika plus sobre que dans le scénario, et vous n'étiez pas d'accord sur certaines réactions. Sur quoi as-tu fini par lui donner raison ?
Rudi Rosenberg — Comme dans n'importe quel couple réalisateur-comédienne, il y avait des discussions, mais elles portaient sur des nuances de jeu. Un jour, j'ai dû lui dire un truc, et après, elle l'a répété dans toutes les interviews : bonne mère, mauvaise mère… Globalement, j'avais parfois envie de la pousser un peu plus, de lui donner un peu plus d'énergie. Hafsia est plus dans la retenue, dans quelque chose de plus mystérieux. Et au final, elle avait raison. Ce n'était pas l'idée que j'avais au départ : je voyais un personnage plus haut en couleur, plus comédie. Elle a ancré le film dans quelque chose de plus profond. C'est mieux.
Propos recueillis par Matthieu Mathé en direct du GIFF.
Plus de dix ans séparent LE NOUVEAU de ce film, et le prochain arrive déjà. Qu'est-ce qui s'est débloqué ?
Rudi Rosenberg — Je ne sais pas (rires). Pour QUELQUES MOTS D'AMOUR, je suis tombé sur ces témoignages un peu par hasard, ça m’a ému. Je me suis dit : chouette, pourquoi pas ? Je l’ai mis de côté. Et puis c’est aussi une rencontre. J’ai rencontré une femme (Aurélie) avec qui je me suis lié d’amitié. Elle m’a dit : « Tu n’as pas fait de film depuis dix ans, qu’est-ce qui se passe ? » Je lui ai envoyé deux ou trois idées. Elle m’a dit : « Ça c’est vraiment bien. Vas-y. » Elle a lu et relu mes versions. Elle m’a guidé, et surtout, elle faisait des retours très fins : « Ça, c’est bien, continue, mais refais ça comme ci, comme ça. » Gentiment, parce que je suis sensible : elle n’était pas cassante. Elle ne m’a pas lâché. Moi, je voulais lâcher plein de fois, je disais que ça ne marcherait pas, que c’était trop long. Elle me répondait : « Vas-y, ne lâche pas. » Pendant des mois et des mois, elle m’a poussé. Ensuite, mon producteur a pris le relais.
Et ce prochain projet, peux-tu en dire un mot ?
Rudi Rosenberg — Je ne peux pas en parler, mais c'est très différent. En un mot : satire. Pas du tout avec des amateurs. Je suis très content.
