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«L'innocent» de Louis Garrel - J'avais envie de faire un polar qui soit un film d'aventures

Louis Garrel nous embarque dans une comédie policière burlesque très réjouissante, menée tambour battant.

Dans son quatrième film en tant que réalisateur, Louis Garrel mélange les genres puisque son film est à la fois, un polar, un film de braquage et une comédie romantique. Côté casting, Louis Garrel joue - comme dans tous ses films - un des protagonistes, entouré des excellents Noémie Merlant, Anouk Grinberg et Roschdy Zem. Ondine Perier a eu la chance de l'interviewer lors de son passage à Zurich pour la présentation de son film dans le cadre du Zurich Film Festival. Extraits.

Biographie | Louis Garrel

Louis Garrel, né le 14 juin 1983 à Paris, est un acteur, réalisateur et scénariste français. Jeune premier au regard farouche, il est bientôt le héros de deux évocations de Mai 68 : il forme avec Michael Pitt et Eva Green le trio de «The Dreamers» (2003), récit d’une initiation sexuelle signé Bertolucci, puis campe, devant la caméra de son père, un insurgé amoureux dans «Les Amants réguliers», une prestation qui lui vaut le César du Meilleur espoir masculin en 2005. L’année suivante, le jeune homme joue l’amant passionné de Valeria Bruni Tedeschi dans «Actrices». Louis Garrel interprète le fils – et compagnon de débauche – d’Isabelle Huppert dans «Ma mère» (2004), adaptation du livre de Bataille par Christophe Honoré. Il retrouve le cinéaste en 2006 pour «Dans Paris» avec Romain Duris. Louis rejoint à nouveau le casting de Christophe Honoré pour la comédie musicale «Les Chansons d’amour». Les deux hommes se retrouveront encore en 2007 pour tourner «La Belle personne». En 2008, Louis Garrel passe pour la première fois derrière la caméra en scénarisant et réalisant «Mes copains», un court métrage intimiste de 26 minutes où il filme ses propres amis. Acteur emblématique du cinéma d’auteur français, Louis Garrel est dirigé par Bertrand Bonello dans «Saint-Laurent» (2014). Il figure notamment au casting du film de Maïwenn, «Mon Roi» (2015), de Nicole Garcia «Mal de pierres» (2016) et réalise son premier long métrage «Les Deux amis» (2015) dans lequel il joue face à Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. En 2018, il retourne derrière la caméra avec «L’Homme fidèle», puis «La Croisade» en 2021. «L’innocent» est son 4ème film en tant que réalisateur.

Comment vous est venue l’idée de cette comédie policière cocasse ?
J’avais envie de faire un polar qui soit un film d’aventures. J’ai voulu m’éloigner de la chronique naturaliste et que le film soit un polar sentimental dans lequel des personnages pouvaient exister de manière très forte. Enfin, je voulais croire à des personnages, prendre très au sérieux leurs sentiments, les relations qu’ils ont les uns avec les autres et en même temps qu’ils soient baignés dans une histoire complètement rocambolesque et de passer d’un genre à un autre au milieu d’une intrigue de polar.

Le choix du grain de la photo, l’atmosphère, le procédé split-screen, la B.O. années 80, cela traduit-il une certaine nostalgie d’un temps révolu ?
Non je ne pense pas être nostalgique mais on est toujours un peu fétichiste quand on fait des films. Et pour ce film je voulais vraiment un effet de conte «il était une fois». La BO des années 80 est surtout inspirée par le personnage de la mère (fantastique Anouck Grinberg) qui est manifestement la femme par qui le scandale arrive, donc il fallait que le film lui ressemble et comme elle a l’air d’une jeune femme de 20 ans, et pas que physiquement : elle a le même optimisme, le même élan et le même romantisme, j’ai choisi des chansons de variété de son époque. Aussi parce que la chanson de variété est très premier degré, tout comme son sentiment amoureux, il n’y a pas de cynisme sur les rapports entre les personnages. Il y a certes une ironie sur des situations mais jamais sur qu’éprouvent sentimentalement les personnages.

Dans votre film, la manière dont est traitée la filiation véhicule beaucoup d’émotions, dans quelle mesure est-ce un thème qui vous tient particulièrement à cœur ?
En fait ça m’effraie la plupart du temps, peut-être parce que j’ai peur de ne pas assez être brillant et de tomber dans le pathos ; donc je suis tout le temps vraiment peu effrayé par ça. Et en même temps, avec un peu de recul, je me dis que cette mère-là et ce fils-là dont les rapports sont un peu inversés – à savoir que c’est la mère qui est déraisonnable et le fils peut être trop raisonnable qui s’inquiète pour elle – jouent un jeu pour ne pas se lâcher et pour rester un peu fusionnels ; et que c’est une espèce de danse qu’ils dansent ensemble, pour au fond, avoir des raisons d’être toujours en contact.

Comment travaillez-vous les scènes de comédie comme celles dans le hangar où Clémence (Noémie Merlant) et Abel (Louis Garrel) répètent leur scène ?
Alors là, c’est beaucoup d’écriture, au sens où il n’y a pas beaucoup d’improvisation, où la situation doit être la plus claire possible pour qu’ensuite les acteurs eux-mêmes puissent être délestés d’un travail d’improvisation et trouver de l’amusement. Plus la situation est claire, plus les acteurs peuvent produire une performance. J’aime qu’une structure s’impose parce qu’on peut trouver des libertés dans ce cadre, l’acteur ou actrice est délesté.e du fait de produire des dialogues, ceux-ci étaient en effet très écrits.

Abel va – au contact de son beau-père (Roschdy Zem) – sortir de sa zone de confort et de sa coquille. Dans quelle mesure peut-on faire un parallèle avec vous qui êtes sorti aussi de votre zone de confort pour ce film en allant vers un tout nouveau genre ?
Oui c’est vrai et cela doit venir du fait que j’ai moins peur de mon plaisir. J’avais vraiment beaucoup de plaisir à raconter toute cette histoire, à faire la dernière partie du film de braquage qui sont vraiment des situations de cinéma, c’est vraiment des situations de jeu quasiment enfantin et j’avais beaucoup de plaisir à faire ça.

Le côté enfantin est effectivement très ressenti et participe au sentiment réjouissant de votre film.
C’est parce que le cinéma emprunte beaucoup à la bande dessinée, c’est un art populaire au départ et il faut que le contexte soit très vite très compréhensible, donc expressif, sauf bien sûr quand on est un grand metteur en scène comme Antonioni. Mais quand on est un narrateur comme moi, j’estime que je suis un metteur en scène narrateur, quand les choses sont expressives c’est une bonne chose pour le spectateur : il s’agit de faire comprendre très vite les choses, que l’exposition soit rapide. Ça, c’est vraiment une chose à laquelle j’essaie de m’astreindre, que l’exposition ne dure pas des plombes, d’essayer toujours de semer ou surprendre le spectateur. Ça, c’est un truc qui vient du music-hall : le but de divertir.

Pour quelle raison avez-vous choisi de planter le décor du film à Lyon plutôt qu’à Paris, comme c’était le cas dans vos précédents films ?
En fait je n’avais plus envie de tourner à Paris parce que je la connais trop bien ma ville maintenant et je ne peux pas la filmer de manière naïve. C’est comme les Américains qui filment Paris, ils se permettent de filmer Notre-Dame ou une scène bucolique au bord de la Seine. Et j’avais envie d’avoir ce même rapport naïf à une ville.

Le romanesque est toujours un aspect très présent dans vos films, est-ce à point primordial pour vous ?
Oui en tout cas dans ce film-là et il fallait que le film aille très vite comme ça, qu’il y ait une espèce d’urgence pour que les personnages vivent plus vite que d’habitude. Abel évolue beaucoup, et c’était aussi ça qu’il fallait rendre compte : de partir d’une situation classique, de voir un personnage qui brise sa carapace par le biais d’une aventure inattendue et qui va progresser, en faisant un grand pas. C’est un film romantique aussi puisque c’est par amour pour sa mère qu’Abel va participer à ce braquage et c’est en participant à ce braquage que ça va l’amener vers autre chose, vers d’autres sentiments.

Votre travail est souvent en partie autobiographique. Est ce que c’est pour cette raison que vous interprétez toujours le personnage principal ?
C’est aussi parce que j’ai envie de faire comme les gens que j’admire comme Nanni Moretti et j’aime bien cette impression en tant que spectateur : me dire que le metteur en scène est aussi dans le plan. Et c’est aussi comme ça que je compose mes films : je commence à jouer les scènes auprès des scénaristes ; puis je les joue à l’équipe technique, ensuite aux acteurs. Mon travail se fait de manière empirique.

Diriez-vous que les personnages que vous incarnez dans vos films vous ressemblent ?
Pas vraiment non, peut être qu’ils sont anxieux comme je le suis. En tout cas, je suis le point fixe, au sens narratif, autour duquel des personnages peuvent se permettre d’être plus légers ou plus excentriques. Moi, je suis le pilier raisonnable qui contraste avec les autres, qui va permettre de faire davantage exister les autres.

Et puis vous faites la part belle aux femmes dans «L’innocent».
Là oui c’était le principe du film. C’était l’idée de puissance : que les filles soient plus affirmées et qu’elles soient viriles aussi. Noémie Merlant a joué Clémence d’une manière très forte, son personnage est bien plus courageuse que le mien, idem pour la mère qui a une réelle puissance en elle.

Avez-vous déjà une idée du thème de votre prochain projet ?
Je brouillonne un peu des histoires, mais rien de très défini pour le moment ; j’aimerai bien trouver des aventures dites extraordinaires. Un truc enfantin, c’est ça qui me plaît beaucoup. Sinon il y a les films qui sortent dans lesquels je participe en tant qu’acteur : «Les Amandiers» de Valeria Bruni Tedeschi, «L’envol» de Pietro Marcello, «Les trois mousquetaires» de Martin Bourboulon et «Le grand chariot» de mon père (Philippe Garrel, NDLR).

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