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«C'est vrai que Jeanne, c'était clairement moi.»

Huis-clos familial tour à tour angoissant, burlesque et haletant, «L'origine du mal» fait la part belle aux personnages féminins truculents à souhait.

Dans «L’origine du mal», Nathalie est prête à tout pour se trouver une famille. Elle s’immisce alors au sein d’un clan inquiétant et fantasque dont les relations tortueuses ne tardent pas à la perdre. Lliana Doudot a rencontré Sébastien Marnier durant le Geneva International Film Festival, où le thriller était présenté en Compétition internationale longs métrages. Au cours d’une conversation enjouée, le réalisateur talentueux a confié ses anecdotes de tournage et son rapport à la famille.

L’origine du mal | Synopsis

Dans une luxueuse villa en bord de mer, une jeune femme modeste retrouve une étrange famille : un père inconnu et très riche, son épouse fantasque, sa fille, une femme d’affaires ambitieuse, une ado rebelle ainsi qu’une inquiétante servante. Quelqu’un ment. Entre suspicions et mensonges, le mystère s’installe et le mal se répand…

L’origine du mal | Autres voix

«Dans une luxueuse villa de la Côte d’Azur, une nouvelle venue, Laure Calamy, va dynamiter l’ordre établi par un monstrueux patriarche. Fascinant.» Télérama | «Dans ce film aux accents chabroliens, emmené par des femmes (Jacques Weber, qui joue le patriarche, est le seul homme de la distribution), Laure Calamy est formidable de nuances et de mystère.» Le Parisien | «Sébastien Marnier, le réalisateur d’ et de , livre un thriller familial parfaitement tordu, dans le huis clos luxueux d’une villa des bords de la Méditerranée.» Dernières Nouvelles d’Alsace

D’abord, comment vous est venu l’idée de réaliser un thriller fantasque sur la famille ?
Ça faisait longtemps que j’avais envie de faire un film sur ce sujet. Je n’avais pas de porte d’entrée pour aborder ce thème, lorsqu’il s’est passé un événement dans ma propre famille : Ma mère a retrouvé son père biologique qu’elle n’avait jamais connu. J’ai réalisé que c’était un bon point de départ pour mon film. En plus de ça, cette rencontre était très intéressante, puisque nous venons d’un milieu assez prolétaire d’extrême gauche, communiste et de la banlieue parisienne, il y a même toujours eu une sorte d’interdiction faite à mon frère et moi de fréquenter des gens de droite ! Et évidemment, il s’est avéré que ce père était très riche, très à droite et banquier. Cette situation m’a aidé dans mes idées, surtout par rapport au transfuge de classe.

Le personnage de Jeanne, la plus jeune du clan, dit que « la famille est ce qu’il y a de pire, c’est le poison que l’on a dans le sang ». Dans quelle mesure vous êtes-vous êtes identifié à ce rôle ?
C’est vrai que Jeanne, c’était clairement moi. Une espèce de présence à laquelle personne ne fait vraiment attention dans la famille. C’est un petit rôle qui a peu de dialogue, sauf au moment où le personnage de Laure Calamy pose son regard sur elle. Et là, la vérité éclate sur comment Jeanne ressent cette famille. C’était intéressant aussi parce que tous les personnages sont très critiques vis à vis de la famille et vivent pourtant quand même toujours tous ensemble. C’était proche du rapport extrêmement contradictoire et ambigu que je pouvais avoir, moi, avec ma propre famille. Mais ça n’a pas été totalement bien compris par mes parents lorsqu’ils ont vu le film !

Votre film montre de nombreuses violences physiques et mentales. Est-ce cela le message du titre du film, que la violence – ou le mal – se transmet par la famille ?
Ce titre a eu plein de significations au fur et à mesure de la fabrication. C’est à dire que dans l’ADN du film, c’était le message. Mais cela revêtait différents sens. Je me suis rendu compte qu’il n’était que question d’argent dans ce scénario. C’est donc aussi l’argent au sein de la famille et de la société en général qui pouvait être l’origine du mal. Pourtant, si je devais vraiment donner la définition de ce titre, j’ai l’impression que l’origine du mal dans les familles et ce qui lie tous ces personnages serait le mensonge.

Le film présente des actes terribles, mais le ton reste toujours humoristique et satirique. Pourquoi avoir choisi d’être à cheval entre thriller et comédie ? Et comment avez-vous réussi à imbriquer de manières aussi fluide ces deux genres si différents ?
Ça s’est vraiment fait de manière très organique. J’ai appris quelque chose de mes goûts cinématographiques : j’aime beaucoup les films de genre, les films d’horreur, les thrillers, et l’humour est indispensable dans certaines scènes pour que le spectateur puisse souffler. Ce sont donc aussi des techniques. «L’origine du mal» est sombre et chargé émotionnellement, mais j’avais en même temps trop envie qu’on rigole, que ça soit caustique ! J’ai aussi réalisé qu’on pouvait aller loin dans les excès avec ces personnages qui sont en constante représentation. Des prises ont été enlevées parce qu’elles étaient trop drôles, par exemple. Ça a donc été un travail de couture pendant le montage pour trouver un équilibre parfois précaire.

Tout au long de ce film, on oscille entre plusieurs perspectives sur un même personnage, et l’on en vient à se demander qui ment et qui croire. Est-ce que votre but était d’empêtrer le.a spectateur.rice dans une dilemme moral, qui ne sait plus quel personnage soutenir ?
Ce qui me fascine, c’est de construire avec les comédiens des personnages qui soient humains, ambigus, ou antagonistes. Chaque personne a sa part angélique et monstrueuse ! Dans le film, les curseurs sont poussés très loin et c’est ça qui est intéressant. J’aime écrire des personnages auxquels on réagit comme aux gens de notre entourage : certaines fois on les comprend, d’autres fois pas. Ce n’était donc pas pour berner le spectateur, même si c’est jubilatoire.

Laure Calamy est parfaite dans son rôle, puisqu’on la perçoit d’abord comme innocente avant de réaliser que ce n’est en fait pas du tout le cas ! Aviez-vous en tête cette actrice pour incarner Nathalie dès l’écriture du scénario ?
C’est plutôt lorsqu’on a eu un scénario qui tenait la route qu’on l’a fait lire à Laure Calamy. Par ses rôles précédents, Laure véhiculait quelque chose d’extrêmement naïf, candide, et solaire. En lui proposant d’incarner Nathalie, je m’assurais forcément de l’empathie immédiate du spectateur. Ce n’aurait pas été pareil si j’avais pris Marina Foïs ou Isabelle Huppert, qui ont souvent eu des rôles angoissants !

Idem pour les autres personnalités fortes ou extravagantes du film qu’il fallait incarner avec panache, comme Dominique Blanc pour Louise ou Doria Tillier qui joue George ?
Laure Calamy est la première à m’avoir dit oui, et on a ensuite construit tout le casting autour d’elle pour créer cette famille bizarre. Cela faisait très longtemps que j’avais envie de travailler avec Dominique Blanc. Pour les autres, j’avais justement envie de prendre des gens extrêmement différents qui venaient d’horizons antagonistes et de cinémas opposés, parce que ça collait avec ce que je disais de la famille dans le film. Quatre comédiens viennent d’ailleurs du théâtre, et cela correspondait à l’aspect très théâtral de «L’origine du mal». C’était aussi un pari à prendre, savoir ce qu’allait donner ce mélange.

D’un point de vue technique, vous avez beaucoup utilisé les split screens. Pourquoi ce choix ?
Le split screen est vraiment une grammaire que j’ai toujours aimée. C’était très technique à réaliser, puisque ce sont souvent des plans séquences autour de Laure. Cela demande du timing, des zooms et des travelings. Les split screens avaient aussi une charge narrative, tout comme la BA du film. C’était pour donner la sensation que Nathalie était de plus en plus épiée et écrasée, qu’elle avait de moins en moins de place.

La villa – et ses nombreux meubles et objets – a une place centrale dans le film. Cela a dû être un travail d’accessoiriste colossal ! Comment avez-vous procédé ?
C’était un sacré challenge parce qu’on avait peu d’argent pour faire le film. C’était en plus pendant le Covid, donc tout était fermé. Une fois que j’ai trouvé cette incroyable villa, j’ai entièrement écrit le script pour elle. Il a fallu enlever tous les meubles originaux et ramener ensuite plus de 3000 objets. Avec des budgets serrés comme le nôtre, il a fallu se débrouiller ! Je voulais par exemple des animaux empaillés partout dans le film, mais leur location coûtait très cher. J’avais 2000 euros pour ça et le devis était de 60’000 euros… Comme on tournait à Toulon, on a alors contacté un musée d’histoire naturelle, et le conservateur nous a prêté gratuitement tous ses animaux 24h après l’avoir contacté ! C’était génial, il était très heureux de faire de ses bestioles des stars de cinéma.

Pour conclure, de très belles scènes du film présentent une sorte de sororité amorale, au-delà des liens de sang. On veut que cette union contre le patriarcat réussisse ! Y a-t-il un discours sorore dans «L’origine du mal» ?
Complétement, c’était très évident pour moi. Pendant le scripte, je me suis tout de suite dit qu’il n’y aurait que des personnages féminins versus le patriarche, cliché de l’aristocrate provincial français du Sud, et très riche de surcroît. Mais oui, ce discours était là depuis le début. Dans ma famille, la question féministe ne se pose même pas, j’ai été élevé comme ça aussi. Et je trouve que c’est très féministe, de se dire qu’on a le droit de tout écrire sur les femmes. Créer des rôles parfois ambigus ou inquiétants, tant qu’on leur donne des rôles, et surtout à des femmes de plus de 50 ans si possible !

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