Brèves critqiues d'Ondine Perier
La Semaine de la critique
LA FRAPPE de Julien Gaspar-Oliveri, porté deux jeunes acteurs prometteurs Diego Murgia et Romane Fringeli.
Le film nous plonge dans la réalité d’une fraterie composée de deux frère et sœur : Enzo et Carla. Lui travaille sur les marchés pendant qu’elle poursuit ses études. C’est le retour de leur père, après cinq années de prison, qui va faire surgir les stigmates cuisants d’une enfance meurtrie par un père abusif (Bastien Bouillon saisissant) et activer la descente psychologique inévitable des deux jeunes adultes. Un premier film impactant d’une grande sensibilité, qui touche en plein cœur, porté par une tension croissante et un casting impeccable.
DUA
Dans le Kosovo meurtri par les tensions entre Albanais et Serbes, DUA suit le parcours d’une adolescente contrainte de grandir trop vite face à la violence qui l’entoure. Porté par une jeune actrice d’une intensité remarquable, le film alterne scènes d’une brutalité saisissante et moments de douceur familiale profondément émouvants. Malgré la peur et les passages à tabac qui rythment le quotidien, la cellule familiale reste un refuge soudé et lumineux, notamment à travers la relation très forte entre Dua, son frère et ses parents. Le film capte avec justesse cette bascule de l’insouciance adolescente — entre chansons, flirts et rêves de jeunesse — vers une conscience brutale du monde. Un très beau coming-of-age movie, sensible et poignant, qui célèbre aussi l’amitié et l’affirmation de soi face aux injustices.
In Waves
Film d’animation d’une grande beauté visuelle, In Waves raconte l’histoire d’amour bouleversante entre Kristen, jeune surfeuse californienne, et AJ, un skater de 16 ans. Entre plages baignées de lumière, vagues infinies et couchers de soleil aux couleurs irréelles, le film déploie une poésie constante avant qu’un drame ne vienne bouleverser leur romance. Inspirée d’une histoire personnelle vécue par son auteur, cette adaptation impressionne par sa sincérité et son intensité émotionnelle. L’animation sublime chaque instant, portée par une bande-son envoûtante signée Rob et O’Clough. Grâce à un montage fluide jouant habilement avec les flashbacks et les variations de colorimétrie, In Waves parvient à traduire la force des souvenirs et la puissance d’un amour qui résiste à la maladie. Une œuvre profondément émouvante sur la résilience, la transmission et l’amour absolu.
Acid
VIRAGES
À mi-chemin entre documentaire et fiction, Virages dresse le portrait sensible et inspirant de Johana, une femme trans mexicaine passionnée de mécanique automobile. Ancienne figure du milieu des courses de Coccinelle, elle tente de réintégrer un univers qui l’a rejetée au moment de sa transition. Entre solitude, transphobie et difficultés professionnelles, le film suit son combat pour remettre en état sa vieille voiture et participer à une nouvelle course. Porté par des plans très cinématographiques et des séquences presque oniriques, notamment autour des accidents et des cauchemars, Virages mêle réalisme social et envolées plus fictionnelles avec beaucoup de fluidité. Johana impressionne par sa détermination, son charisme et son talent de dessinatrice, tandis que le film montre aussi les rares espaces de bienveillance qui lui permettent d’avancer. Jusqu’à cette magnifique séquence finale, entre course automobile et virée entre amis, Virages célèbre avant tout l’amitié comme refuge et la persévérance face à l’exclusion.
La Quinzaine des cinéastes
GABIN de Maxence Voiseux
Ce documentaire suit Gabin de ses 8 à ses 18 ans, dans le milieu rural du nord de la France. Partagé entre la reprise de la boucherie de son père ou celle de la ferme de sa mère, le jeune garçon cherche sa voie face au poids de l’héritage familial. Le film capte avec finesse les difficultés du monde agricole et les doutes d’un adolescent face à son avenir. À travers la singularité de son parcours, c’est une histoire profondément universelle et humaniste qui nous est dépeinte.
Un certain Regard
I'LL BE GONE IN JUNE
Présenté dans la sélection Un Certain Regard, I’ll Be Gone in June prend la forme d’un carnet intime délicat et mélancolique. Le film suit Franzi, une jeune Allemande en échange universitaire au Nouveau-Mexique en 2001, dans une région frappée par la sécheresse et marquée en toile de fond par les attentats du 11 septembre. À travers ses vidéos, ses souvenirs et ses rencontres, le récit capte avec beaucoup de sensibilité le flottement d’une jeunesse en quête de repères. Solitaire mais pleine de charme, de maturité et de répartie, Franzi devient rapidement une héroïne très attachante. Sa rencontre avec Elliot, jeune musicien mystérieux au charme presque irréel, donne naissance à une romance tendre entre deux âmes perdues. Entre paysages désertiques magnifiques, amitiés féminines fortes et portrait d’une jeunesse américaine fragilisée par la drogue, le film explore aussi les différences culturelles entre l’Europe et les États-Unis. Malgré quelques longueurs, I’ll Be Gone in June séduit par sa douceur, sa sincérité et la beauté de ses instants suspendus.