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Critique | Unrueh (edition française)

Le deuxième long métrage de Cyril Schäublin "Unrueh" défie nos habitudes visuelles.

Après son premier film «Dene wos guet («Those who are fine»), le réalisateur zurichois a continué à développer son style dans «Unrueh» («Unrest») : avec un soin extrême de la composition, il associe les plans d'ensemble artistiques et les gros plans qui lui sont typiques et qui célèbrent l'artisanat, avec une position politique affirmée et montre clairement, par le biais du détournement et de l'ironie, à quel point son sujet est actuel et universel.

«Unrueh» | Synopsis

Les nouvelles technologies amènent leur lot de changements dans une petite cité horlogère suisse à la fin du 19e siècle. La jeune ouvrière Joséphine fabrique la pièce maîtresse de l’horloge mécanique, le balancier. Elle subit les nouvelles formes d’organisation de l’argent, du temps et du travail. Dans ce contexte, elle commence à s’engager dans le mouvement local des horlogers anarchistes où elle rencontre le voyageur et cartographe russe Piotr Kropotkine.

Le premier film de cinéma de Cyril Schäublin, «Ceux qui vont bien» (2017), avait été acclamé aux festivals du monde entier et primé de plusieurs prix. Avec «Unrueh», le réalisateur qui est le descendant d’une famille d’horlogers du Nord-Ouest de la Suisse, retourne à ses racines familiales tout en prolongeant son regard vers notre actualité. L’histoire de son film joue dans une époque marquée par les révolutions technologiques accompagnées de profonds changements de l’ordre social dont les effets se font sentir jusqu’à nos jours. Un film riche en facettes, brillant par sa forme et ses interprètes, au verbe enjoué et subtil, qui a remporté le prix de la meilleure réalisation dans la section Encounters à la Berlinale 2022.

«Unrueh» | Autres Voix

«Un merveilleux humour linguistique, décéléré au maximum». – Neue Zürcher Zeitung | «Quelque chose de ce que le cinéma européen a de mieux à offrir actuellement». – TAZ – Die Tageszeitung | «Un récit ludique et léger». – Variety | «Un film singulier, dont le récit tranquillement fluide repose dans l’œil du spectateur, mais sous la surface duquel une agitation subversive fait tic-tac». – Cornelis Hähnel, cinema.ch | «Un portrait de société éblouissant et intelligent, entre dérision et empathie, douceur et colère, amour et révolution». – Lucas Barwenczik, filmstarts.de | «Le meilleur film de la Berlinale de cette année» – New York Times

Critique de Doris Senn
St-Imier 1872. Une petite ville du Jura suisse. L’industrie horlogère est florissante et permet aux habitants de vivre décemment. En particulier les femmes qui fixent le «balancier» – une petite spirale sur une minuscule roue -, ce qui assure la précision du temps et constitue le véritable «cœur» de la montre mécanique. Mais le chronométrage de plus en plus sophistiqué détermine également un rythme de travail de plus en plus rapide – et ce avec un maigre salaire et des horaires de travail excessivement longs. C’est ainsi que les travailleurs commencent à s’organiser, ce qui a notamment conduit le cartographe Piotr Kropotkine, qui – c’est un fait historique – a passé quelques semaines dans le Jura, à l’anarchisme.

Joueur et rusé
Le cinéaste Cyril Schäublin fait revivre avec légèreté et décontraction cette période historique dans des scènes qui ressemblent à de petits sketchs et qui font de l’époque un sujet amusant. Il s’agit d’une époque en pleine évolution, et pas seulement en raison de ses innovations techniques. La mesure du temps, les trains, le télégraphe et la photographie font leur apparition. La société connaît également des bouleversements, ce que suggère le titre ambigu. Schäublin a travaillé avec des acteurs non professionnels – des visages originaux et rafraîchissants ! – qui, en raison de leur métier réel, présentaient des affinités avec ses personnages. Collectivement, ils ont cherché une «langue du passé», ce qui a débouché sur des dialogues non verbaux en français et en bernois.

Une esthétique non conventionnelle
Les compositions d’images sont également inhabituelles. Comme dans le premier film de Schäublin «Dene wos guet geit» (2017), qui a reçu un accueil international, la caméra est dirigée par Silvan Hillmann. Comme là, il s’agit de longs plans d’ensemble avec un positionnement de la caméra presque désinvolte, où une colonne ou un arbre «bloque la vue» et où les acteurs se déplacent «quelque part» sur le bord. Une composition d’images dont le film fait lui-même le thème à plusieurs reprises : le photographe semble ainsi omniprésent dans la vallée avec sa nouvelle technique et son nouvel appareil. Il fait le commerce des images, la demande déterminant le prix, et réalise des photographies sur commande. Des personnes apparaissent régulièrement dans «son» image et doivent être «détournées», ce qui donne lieu à des moments amusants.

L’histoire familiale de Schäublin
Le réalisateur, âgé de 38 ans, est lui-même issu d’une famille d’horlogers jurassiens et a interrogé très tôt – l’idée du film lui est venue dès ses études en école de cinéma – sa grand-mère et sa grand-tante sur leur vie d’alors et leur environnement de travail. Dans sa dernière œuvre, il leur rend un hommage merveilleusement empathique.

Conclusion : «Unrueh» est un portrait non conventionnel d’une période historique, qui fait revivre avec légèreté une époque importante de l’histoire ouvrière suisse. Avec un casting formidable, une esthétique originale et beaucoup de charme.

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