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Cet été-là | Interview d'Éric Lartigau: «Enfant, j'ai failli me noyer plusieurs fois dans l'océan !»

«Cet été-là» d'Eric Lartigau ou une plongée dans les vacances d'été de Dune, 9 ans, au moment où ses parents se séparent.

«Cet été-là» | Synopsis

Dune a 11 ans. Comme chaque été, elle rejoint avec ses parents leur maison au bord de l’Océan où l’attend Mathilde, 9 ans. Une amitié sans faille où l’on écroule des cabanes trop petites, où l’on se désole de la forme des nuages, où l’on jalouse en un haussement d’oeil le crop top d’une ado, où l’on couvre du regard, médusées, le fiancé de celle-ci, où les films d’horreur effraient moins qu’avant. Un été où l’enfance s’éloigne un peu plus…

Interview par Lliana Doudot

Après «La Famille Bélier» et «#JeSuisLà», vous revenez avec une nouvelle comédie dramatique familiale, «Cet été-là». Comment avoir eu l’idée de s’inspirer cette fois du roman graphique «This One Summer» de Mariko et Jillian Tamaki, qui se concentre sur une famille éloignée par une douleur secrète ?
C’est une envie de producteur que j’ai d’abord eue. J’ai appelé Alain Attal ̶ les Productions du Trésor ̶ avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Je lui ai demandé de mettre son équipe sur une recherche, puisque je voulais traiter encore une fois du thème de la famille, qui est un peu le sujet de tous mes films. Une de ses assistantes a sorti la bande dessinée des cousines Tamaki, et j’ai alors eu un choc émotionnel en la lisant. J’ai tout de suite demandé à la réalisatrice Delphine Gleize de venir écrire avec moi le scénario. Il a fallu retrouver les sensations ressenties lors de la première lecture et de les traduire par images et dialogues, afin d’imaginer le parcours de cette petite fille pour qui cet été-là va être différent de tous les autres.

Ce film adopte effectivement le point de vue de Dune, 11 ans, et relate son passage de l’enfance à l’adolescence, avec ses goûts qui changent, l’apparition des drames des adultes, et la réalisation des imperfections de la famille. Est-ce que se mettre dans la peau de Dune a été difficile pour vous lors de l’écriture du script de «Cet été-là» ?
Je me suis fié à mes émotions, et surtout à mes souvenirs. J’ai retranscrit toutes mes sensations d’enfance en faisant une adaptation libre du roman graphique. Les parents n’existaient par exemple pratiquement pas dans la bande dessinée. Pour qu’on comprenne comment ces enfants réfléchissent, je trouvais qu’il fallait qu’on sache d’où elles viennent. A cet âge-là, leur vie est dictée par leurs liens avec leurs proches, qui ont un écho direct sur la manière dont elles vont grandir. Elles forgent leurs personnalités et se construisent par rapport à la famille, et je trouvais fascinant d’écrire là-dessus.

«Cet été-là» se passe au Sud de la France dans les Landes et leurs magnifiques paysages, pourquoi avoir choisi cette région ?
Parce que c’est chez moi, là où je passais mes vacances d’été avec mon immense famille, toutes générations confondues. J’y ai emmené Delphine et cela m’a permis de me souvenir des expériences vécues dans ces lieux, comme l’attaque de sanglier qui m’est vraiment arrivée ! Je me suis aussi rappelé de la sensation que provoque l’océan, dangereux et fascinant à la fois ̶ j’ai d’ailleurs failli m’y noyer plusieurs fois étant enfant ! J’ai voulu retranscrire aussi le gigantisme des forêts de pins à perte de vue, où on peut se perdre très facilement lorsqu’on est petit.

Lorsqu’on regarde votre film, on a l’impression que Dune et son amie Mathilde, 9 ans, sont plus matures que la plupart des adultes, puisqu’elles perçoivent leurs incohérences et leurs masques. Ce film est-il aussi pour vous une ode à la sagesse de l’enfance ?
Je ne sais pas si j’appellerais ça de la sagesse, mais en tout cas de la pureté. Parce qu’à cet âge-là, on est sans filtre, on trouve nos familles pathétiques avec leurs disputes de grands. En voyant ses parents qui se comportent soudain comme des gosses, Dune se sent moins aimée et elle le dit haut et fort. J’ai donc voulu retransmettre cette émotion très pure confrontée aux problématiques des adultes.

A propos de Dune, comment s’est passé le casting pour trouver l’excellente Rose Pou Pellicier qui incarne avec justesse ce rôle principal ?
C’est la puissance de Facebook qui nous a donné Rose. La directrice de casting a posté une annonce sur la plateforme, et on a reçu plus de 4000 candidatures ! Rose est venue alors qu’elle n’avait jamais joué avant. J’ai fait plusieurs couples de petites filles pour voir si elles fonctionnaient ensemble, et j’ai très rapidement mis Rose avec Juliette. J’avais fait une sélection finale de cinq ou six paires, mais en filmant et en discutant avec Rose et Juliette, j’ai su tout de suite que c’était elles. Ça été assez rapide.

Durant le tournage, en quoi est-ce que diriger des enfants – Rose Pou Pellicier et Juliette Havelange dans le rôle de Mathilde – a été différent qu’avec les adultes ?
En fait, c’est la même chose qu’avec les adultes. Lorsqu’on tourne une scène avec huit personnes autour d’une table, je vais parler à chacun différemment. Parce qu’un acteur, c’est bien sûr avant tout une personnalité. Marina Foïs ou Chiara Mastroianni ne réagissaient par exemple pas de la même manière à mes explications. Il faut donc s’adapter, avec les enfants comme avec le reste du casting. J’ai eu quand même beaucoup de chance de travailler avec ces petites filles très intelligentes, vives, curieuses et à l’écoute. On était en totale confiance et nos échanges étaient donc très naturels.

On comprend au fur et à mesure du film le poids d’un deuil, une fausse couche, que porte en elle Sarah, la mère de Dune. Avez-vous écrit le scénario avec déjà en tête Marina Foïs ?
Oui, j’ai en général des acteurs en tête dès l’écriture, et Marina Foïs s’est imposée à moi dans le rôle de la mère aux prises avec ses émotions, alors qu’elle revient dans ce lieu où il s’est visiblement passé quelque chose un été précédent. Ça la tourmente, ça la bouscule beaucoup plus que prévu et elle est alors très maladroite et cassante avec sa fille. Ce personnage a immédiatement plu à Marina Foïs lors de la première lecture du scénario.

Et comment avez-vous sélectionné les autres acteur·rice·s comme Gael García Bernal, le père de Dune, Chiara Mastroianni, la mère de Mathilde, ou encore Angela Molina, sa grand-mère ?
Comme pour Marina, j’ai tout de suite imaginé Gael García Bernal et Chiara Mastroianni lors de l’écriture, et j’ai pensé à Angela Molina un peu plus tard. Chiara Mastroianni a particulièrement adoré jouer Louise, lesbienne et végane. Elle m’a dit qu’on lui proposait tellement peu de rôles de comédie qu’elle s’est beaucoup amusée à incarner ce personnage. On a d’ailleurs beaucoup ri sur le tournage !

Techniquement parlant, on voit à l’écran l’alternance d’images caméra professionnelles et de vidéos amateur filmées par Dune. Comment avez-vous procédé durant le tournage pour réaliser cet effet ?
Ce n’est pas un trucage ! Ce sont les vidéos prises par Rose durant le tournage avec la petite caméra à cassettes qui est montrée dans le film. Dans chaque scène où son personnage documentait sa vie avec cette caméra, je mettais une cassette neuve et elle filmait vraiment. Ces images sont donc faites par elle à 80 %. Les autres 20 %, c’est moi qui prenais la caméra pour cadrer un peu plus précisément. Mais Rose comprenait d’instinct les directions que je lui donnais, zoomer plus sur tel personnage, ou tel objet, par exemple. Elle faisait des zooms magnifiques, et elle amenait parfois de jolis accidents visuels auxquels moi ou le chef opérateur on n’aurait jamais pensé. Il y avait donc quelque chose de très pur et d’instinctif dans ces vidéos.

Enfin, ce film est un hommage aux liens, qu’ils soient familiaux ou amicaux, envers et contre tous les problèmes de la vie. Aviez-vous décidé depuis le début de l’écriture du scénario de clore «Cet été-là» sur une note d’espoir, de calme serein après la tempête ?
Oui, Delphine et moi étions absolument d’accord, il fallait que la fin soit heureuse. Parce que ce film, c’est la quête de ces deux petites filles qui veulent tout résoudre tout le temps, surtout les problèmes des adultes. C’est ce que j’aime beaucoup dans leurs personnages, elles s’occupent des autres avant de s’occuper d’elles. C’était donc évident pour moi qu’il fallait une résolution positive de toutes les problématiques posées dans le film, il fallait qu’elles réussissent à recoller les morceaux à la fin. Et c’est un peu grâce à Dune que sa famille finit par se retrouver, elle dit les bons mots au bon moment pour crever l’abcès qui éloignait ses parents. Ils s’aperçoivent alors qu’ils peuvent avancer ensemble, avec leur petite fille.

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